Les Moussems

Les Moussems

 

riad Marrakech

Juchés sur des mules ou des ânes, des bergers descendent leurs troupeaux de la montagne. Entassés à l(arrière de camions ou de carrioles bariolées, des familles montent de la plaine, équipées de coussins, de matelas, de tapis, d’ustensilles de cuisine… Tous s’apprêtent à camper plusieurs jours. Sur un terre-plein naît, en quelques heures, une ville de tentes blanches. Le moussem va pouvoir  débuter. Foire, grand souk où l’on fait ses achats pour l’année, pèlerinage sur la tombe d’un saint homme… ces fêtes collectives ont fait leur apparition au Maroc au XVIe siècle. De l’arabe “maoussim” – terme qui signifie saison et qui renvoie à l’idée de périodicité – le moussem est initialement la célébration annuelle d’un saint. Ce culte – interdit par les sunnites orthodoxes qui ne reconnaissent aucune autre vénération qye celle de Dieu – est très répandu au Maroc où l’on dénombre 753 moussems. Descendants directs du Prophète – tels Moulay Idriss Ier près de Meknès et Moulay Idriss II à Fès -, maitres soufis – leurs mausolées blancs, à la base carrée surmontée d’une coupole, sont dispersés dans toute la campagne marocaine -, ou personnages locaux reconnus pour leurs dons de guérisseurs, leur piété ou leur générosité, les saints, en fonction de leur importance, font la renommée du moussem même si, ces dernières années, une tendance à la désacralisation se manifeste. C’est ainsi que le moussem de Moulay Abdellah Amghar est devenu celui d’El Jadida et que celui de Sidi Ahmed Oulmaghni est aujourd’hui appelé moussem d’Imilchil. Ces manifestations n’en ont pas pour autant perdu leur fonction première qui est de réunir les populations locales, comme l’explique la sociologue Soumaya Naâmane Guessous: ” A une époque – celle qui ne connaissait ni l’usage du GSM, ni celui de la télévision – les populaires rurales n’avaient guère de contact avec l’exterieur. Dans tout le Maroc, les habitations – en dehors de ksour du Sud – étaient éparpillées. On avait besoin de ces moussems non seulement pour faire son marché mais également pour obtenir des informations et prendre des décisions concernant la région. Les moussems étaient donc l’occasion, une fois par an, souvent après les récoltes, de venir s’approvisionner en vivres et aussi en informations. Les filles qui se mariaient dans une localité proche ne se déplaçaient par pour rendre visite à leurs parents. Les moussems étaient alors l’unique possibité de garder le contact avec eux. “

Riad fes
Aujourd’hui, si seuls ceux des régions du Haut Atlas jouent encore la fonction de ravitaillement des populations avant l’hiver, leur rôle fédérateur n’a pas été altéré et c’est, pour bien des ruraux – en particulier pour les femmes -, une des rares occasions dans l’année de se divertir. Les festivités commencent le vendredi, jour de prière. Elles durent entre trois jours et une semaine. Le premier jour ont lieu la visite au sanctuaire et les offrandes au cours desquelles les pèlerins s’imporègnent de la baraka du saint censée leur assurer de bonnes récoltes, des mariages, des naissances… La visite au sanctuaire d’un grand saint peut remplacer le pèlerinage à la Mecque. On l’appelle d’ailleurs le ” Haj du pauvre “. Cet aspect religieux a peu à peu été évincé par les festivités qui entourent les moussems. Au programme: fêtes foraines, fantasias, acrobates, charmeurs de serpents, musiques, danses et chants traditionnels… Ces animations en sont arrivées à occulter ce pour  quoi le moussem était organisé et nombreux  sont ceux, aujourd’hui, qui font le déplacement uniquement pour se divertir. Cette tendance fait que le terme même est utilisé de façon abusive: toute fête annuelle est alors qualifiée de moussem.

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