Daily Archives: September 9, 2013

Les Moussems et le Soufisme

riad fes

Quelle Définition donnerez vous du moussem ?
Le moussem est la fête, ou plutôt la cérémonie, qui revient annuellement en mémoire d’un grand maître soufi. On peut même parler de saint, non au sens évangélique comme on pourrait l’entendre, dans l’islam, il n’existe pas de canonisation. C’est la vox populi qui désigne le saint. C’est donc un être humain — homme ou femme — au noble caractère, qui possède une science et qui s’est distingué par une réalisation spirituelle. C’est également une personne qui était au service de la communauté. De son vivant ou après sa mort, celle-ci lui reconnaît un statut à part, un statut de modèle pour l’humain. C’est, en quelque sorte, un chevalier spirituel, engagé dans la société, très souvent affilié au soufisme.
Le terme ” moussem “, qui renvoie au phénomène temporel cyclique, au perpétuel retour, s’inscrit complètement dans le courant soufi. Il présente l’histoire sainte et sacrée comme une succession de cycles prophétiques : le cycle adamique, le cycle d’Hermès, de Noé, de Moîse et, le dernier cycle, celui de Mohammed.

Le Haj, à La Mecque, est d’ailleurs considéré comme un moussem… ?
Tout à fait. Il y a deux sortes de moussems: ceux qui s’inscrivent dans le sillage de la naissance du Prophète et ceux qui se tiennent le jour même du rassemblement des pèlerins au mont Arafat, là où commence le grand rituel du Haj. Je pense en particulier à celui de Sidi Chiker, à 90 Km de Marrakech sur la route de Safi, il y a aussi le moussem de Sidi Rahal, que l’on appelle le ” Haj du pauvre “. Dans la région de Marrakech, il existe plusieurs centaines de Zaouias, des lieux de sépulture d’une voix soufie où demeurent encore des disciples, un maître ou son représentant. Il y subsiste un enseignement spirituel. Contrairement au mausolée où il ne subsiste que la tombe d’un maître .

Quelle est la particularité du mausolée, sur le plan architectural ?
Jaâfar Kansoussi : Les mausolées sont constitués d’un carré — la base — qui rencontre un cercle — la coupole. A cette intersection, se trouve des sortes de stalactites appelées “  muqarnass “. Cette architecture représente ce qu’était le maître : un lieu intermédiaire entre le ciel et la terre. Selon l’ordre symbolique, cette rencontre entre les deux éléments se fait là où repose le maitre. Tout mausolée repose sur trois principes fondateurs qui sont : donner à manger, répandre la paix et divulguer la beauté. Lorsque les pèlerins viennent, ils pratiquent des sacrifices qui permettent de donner à manger aux pauvres, aux nécessiteux et aux gens du voyage. Le sacrifice à l’ombre de la coupole du saint reprend celui d’Abraham. Il faut toujours avoir en tête que le maître soufi a pour légitimité une filiation spirituelle directe au Prophète . Un disciple est affilié à un maître qui, lui-même, à un moment de sa vie, a été affilié à un ou plusieurs autres maîtres. Cette chaîne initiatique remonte jusqu’au Prophète qui est l’Initiateur par excellence. C’est pour cette raison que l’on retrouve des rituels similaires à ceux de La Mecque